Portrait
Pièces détachées de véhicules de collection

Jeepest : au nom de la passion

Plus de trente ans après sa création, Jeepest, spécialisée dans la vente de pièces détachées pour Jeep, Dodge et GMC, est devenue la référence des passionnés de restauration de véhicules militaires américains. Née de la passion d’enfant de Nicolas Georges pour la mécanique et l’Histoire, l’aventure entrepreneuriale s’est poursuivie en famille, avec Céline, son épouse. Depuis dix-huit mois, l’entreprise implantée à Ménil-aux-Bois a relevé un nouveau défi en reprenant une activité de sellerie, unique en France.

Transformer une passion en success-story pour s’imposer comme le leader européen de la collection avec un chiffre d’affaires approchant les 3,8 millions d’euros en 2025, c’est un rêve devenu réalité. Mais, avant d’atteindre le sommet, il aura fallu du temps, de la détermination mais aussi une sacrée dose de prise de risques. Jeunes adultes aux débuts des années 1990, Nicolas et Céline savent qu’ils ne choisiront pas la voie du salariat. C’est bien l’aventure entrepreneuriale qu’ils vont privilégier. Passionné depuis sa plus tendre enfance par la voiture iconique et synonyme de Libération, Nicolas a acquis sa première Jeep à l’adolescence, avant de parvenir à la restaurer, quelques années plus tard. À l’époque, pas de forum, ni de vente par Internet, c’est le temps des rassemblements de collectionneurs, des manuels et des faxes. Il prend vite conscience des lacunes du marché français. Les vendeurs de l’époque, que ce soient des garagistes ou des ferrailleurs, ne proposent pas de pièces de collection de haute qualité, contrairement au marché américain plus mature. Grâce à son père bilingue, il importe des pièces de qualité des États-Unis, se faisant rapidement connaître. Une opportunité se concrétise avec la vente massive des Jeeps par l’armée française à partir de 1992 coïncidant avec la création de l’entreprise. Initialement nommée TVI (Transformation Véhicule Industriel) et basée à Saint-Mihiel, la société se lance dans deux activités : la remise en état de Jeeps et l’importation de pièces de collection américaines pour les puristes. Les cinq à six premières années sont marquées par le doute et les difficultés. À l’époque, les deux entrepreneurs «bricolent, sans plan précis». Démarrée avec seulement une étagère et quelques objets, l’activité va progressivement se structurer avec désormais plus de 6000 références. 

Montée en puissance et marché de niche qui explose

Petit à petit, le réseau se développe aux quatre coins de l’Europe puis du monde. Et pour cause, Jeepest a été la première à se spécialiser sur le segment très ciblé de la collection de matériels de la Libération, se différenciant de ses concurrents généralistes. Cet avantage, combiné à des contacts et des produits uniques, a été essentiel pour prendre une avance confortable et être prêt quand la demande a explosé. À partir de 1994, lors du 50e anniversaire de la en Normandie, jusqu’en 2004, tout s’accélère avec un marché de niche qui explose. Premiers à se doter d’un site Internet puis à proposer la vente en ligne, les Meusiens voient leur fichier clients s’étoffer considérablement. En 2013, l’entreprise déménage à Ménil-aux-Bois et acquiert un bâtiment couvert de 3 000 m², dont 2 000 consacrés au stockage. Tout est pensé pour satisfaire l’exigence des passionnés avec un espace showroom aménagé comme une véritable vitrine-musée. Deux ans de travaux et un fort investissement auront été nécessaires pour passer ce nouveau palier. Pour se démarquer, «on essaie d’avoir des références que les autres n’ont pas», confie Nicolas Georges. Pour y parvenir, une seule philosophie : «acheter un maximum de lots et procéder à une veille». Les surplus militaires étant épuisés en France, la recherche s’étend à d’autres pays comme la Grèce. Et, face à la raréfaction des pièces d’époque, l’entreprise s’est tournée vers la refabrication, notamment concernant les pièces d’usure. 

Atelier de couture intégré

Pour sécuriser son savoir-faire, l’entreprise a racheté début 2025 un de ses fournisseurs britanniques spécialisé en sellerie et bâches faisant de cette activité interne une nouvelle marque de fabrique. «Le propriétaire voulait prendre sa retraite. On a tout racheté : le nom, le fonds de commerce, le stock…, pour tout réinstaller, dans un petit bâtiment disponible à Ménil-aux-Bois», explique Nicolas Georges. C’est Théo Muller, le technicien commercial de l’entreprise, qui a été sur place pour se former puis relancer la production en Meuse. Il a fallu ensuite recruter des professionnels. Deux couturières et un jeune couturier assurent désormais la nouvelle offre de fabrication dans l’atelier de couture intégré. «Cette nouvelle aventure a été un vrai challenge avec une grosse inconnue : savoir si on allait réussir à faire aussi bien», analyse aujourd’hui l’équipe de direction. Défi désormais relevé avec une nouvelle corde à l’arc de ces pionniers bien décidés à continuer d’apporter au marché «une plus-value», sur un secteur où l’exigence et la passion ne font qu’un.

Cette nouvelle aventure a été un vrai challenge