Dossier
Ecologie

La forêt, un casse-tête pour les collectivités locales ?

   Les habitants des villes rêvent de forêts. C'est l'une des multiples dimensions que les collectivités locales doivent concilier dans la gestion des forêts et espaces naturels en milieu urbain, a montré une table ronde « Forêt urbaine, imaginaire et réalités »

© Adobe stock.

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30% de fréquentation en plus des parcs dans les Hauts-de-Seine depuis le Covid... Les arbres, la forêt ont la cote auprès des populations urbaines. Mais que cherchent ces dernières ? Le 26 mai, à Paris, la Fabrique de la Cité, fondation créée par Vinci sur la recherche consacrée aux enjeux des transitions urbaines, et la Fabrique écologique, fondation dédiée à l'écologie, organisaient une table ronde sur la « Forêt urbaine, imaginaire et réalités ». Le terme le plus employé fut « compromis », tant cet « imaginaire » est générateur de puissants désirs, potentiellement en contradiction avec ces « réalités » dont il est souvent déconnecté. « Aujourd'hui, les arbres sont investis de nouvelles missions pour rendre nos villes plus habitables rafraîchir, infiltrer l'eau dans les sols, absorber du CO2, contribuer au bien-être psychologique, à la santé des habitants », note Maya Dehove, chargée d'études à la Fabrique de la Cité. Cette « vision très anthropocentrée du vivant », souligne-t-elle, conduit facilement à omettre d'autres réalités comme les enjeux de la biodiversité, les potentiels désagréments (pollens, incendie)... «Chez les particuliers, la forêt est vue comme un espace récréatif (…) Il existe une tension entre cette vision et celle de la forêt considérée comme un espace de production. (…) Par exemple, tout abattage d'arbres suscite une levée de boucliers chez les urbains, alors que le recepage, par exemple, fait partie de la gestion forestière », souligne Pauline Frileux, ethnoécologue, enseignante à ENSP, l'École nationale supérieure du paysage de Versailles.

Autre constat des experts, les urbains, qui se sont éloignés de la nature, n'en désirent pas moins sa présence, sous une forme qui évolue à travers l'histoire. « Aujourd'hui, c'est sous forme de nature sauvage. Au 17e siècle, c'était sous la forme d'une nature maîtrisée », analyse Eric Goulouzelle, directeur nature et paysages au conseil départemental des Hauts-de-Seine. Parmi les parcs de la collectivité figure celui de Sceaux, célèbre exemple de jardin à la française avec ses perspectives parfaites et ses arbustes taillés en motifs géométriques, dessiné par André Le Nôtre, jardinier paysagiste de Versailles. Aujourd'hui, la gestion du parc impose de trouver des « compromis » entre les attentes du public, le respect de la biodiversité et la conservation du patrimoine.« Nous ne pouvons pas ensauvager les broderies de buis du château, mais au sein du parc, nous créons des zones sans intervention humaine », illustre Eric Goulouzelle.

Avant tout, cependant, en matière de forêt urbaine et plus généralement, sur la place de l'arbre dans la ville, « le premier compromis est celui de l'espace », souligne Vincent Piveteau, ancien directeur de l'ENSP et membre du collectif Paysages de l'après-pétrole. L'expert rappelle que les villes denses du Moyen-âge n'accordaient que fort peu d'espace à la végétation. « Les arbres sont arrivés au 19e siècle avec les cimetières, à Paris », explique-t-il. Au fil de l'histoire, des projets ont tenté d'accroître la place de la nature et des arbres en ville. Dans les années 1960, par exemple, un immense parc a vu le jour à la Courneuve, au nord de Paris, « afin que les classes populaires aient aussi leur bois », souligne Catherine Larrère, philosophe, auteure de « Penser et agir avec la nature : une enquête philosophique » .

Dans les années 2020, des collectivités à l'image de la ville de Nantes et de Nantes métropole, de la ville de Nice, se sont dotées d'une « charte de l'arbre ». Laquelle se veut la base d'une « nouvelle approche de la gestion et de la protection du patrimoine arborée » (à Nice). Autre exemple, la MEL, Métropole Européenne de Lille, a mis en place un « plan boisement » qui vise à accroître les surfaces boisées de son territoire, dans le cadre de sa politique de renforcement des trames écologiques de son territoire. « Cela se heurte à un problème de place », pointe Vincent Piveteau pour qui, au global, la place de la nature et des forêts en ville demeure très limitée.

Par ailleurs, ces « forêts » ont fort peu à voir avec le rêve de nature sauvage que nourrissent les urbains, soulignent les experts. Même hors des villes, en France, les forêts primaires sont rares. Parcs et forêts urbains sont des milieux très artificiels. Le parc de la Courneuve, par exemple, « a été entièrement construit à l'aide de matériaux de remblais pris sur des chantiers de construction du quartier de la Défense. (…) C'est sur cette base qu'ont été construits les reliefs, vallées et collines, afin que les mères disposent d'un parc où promener leurs enfants », relate Catherine Larrère. Autre exemple, un ancien parc de chasse de l'agglomération de Nancy, réhabilité, puis laissé à l'abandon une dizaine d'années durant lesquelles la végétation s'est développée spontanément. La collectivité a ensuite fait intervenir un paysagiste « pour rendre la forêt propre à la déambulation, restituer des vues sur la ville... Cela est passé par un recepage, la coupe d'arbres et la mise en place d' un mode de gestion qui inclut de récolter du bois, afin de fournir un budget pour gérer la forêt », témoigne Pauline Frileux.


Quand les citoyens plantent des « mini-forêts »

En France, l'association Boomforest a à son actif plus de 20 « mini-forêts » plantées par des citoyens dans des quartiers résidentiels, des friches industrielles... Née à Paris en 2016, l'association a ensuite essaimé à travers la France. Elle applique la méthode de d'un botaniste japonais Akira Miyawaki.