Beaucoup de personnes ont un jour entendu parler de la Glass Vallée ou vallée du verre en français sans vraiment savoir ce que cela représentait. Il suffit de pousser la porte du musée du verre de Blangy-sur-Bresle, ouvert depuis 1993 dans un ancien manoir pour savoir ce que cela représente réellement.
Mettre en valeur le savoir faire verrier de la région
«La première verrerie s’est implantée en 1429 à Saint-Martin-au-Bosc. Les comtes d’Eu voulaient pouvoir vendre son excédent de bois. Le roi a demandé en contrepartie la possibilité de produire du verre plat, pour habiller les fenêtres des belles demeures», raconte Frédéric Marollé, adjoint au patrimoine et guide au musée qui accueille 12 000 visiteurs par an, dont de nombreux scolaires, et compte six salariés.
La forêt d’Eu et La Bresle toutes proches apportent les ingrédient nécessaires à l’activité : bois de chauffe, fougère (potasse), sable, chaux… Au XIXème siècle, l’industrie verrière se tourne vers un nouveau marché : celui du flaconnage de luxe. En 1875, la création de la ligne de chemin de fer Paris-Le Tréport permet l’acheminement du charbon anglais du Tréport vers la région parisienne, en passant par les verreries. Le train favorise la livraison des produits verriers vers les grands centres. La production des flacons est encore essentiellement manuelle et soufflée à la «bouche».
La verrerie semi-automatique apparaît. Citons en 1916 la mise en place de quelques machines par les Ateliers et Verrerie Waltersperger, basés à Blangy-sur-Bresle. Toujours en activité, ils font perdurer ce procédé de fabrication unique qui leur permet notamment de produire des «géants». L’automatisation arrivant après la Seconde Guerre mondiale dans la verrerie de Luc Desjonquères à Mers-les-Bains devenue Verescence.
Le flacon aux abeilles en majesté
C’est cette riche histoire qui est racontée tout au long de la visite qui peut être libre ou guidée : «La volonté municipale était de mettre en valeur le savoir faire verrier de la région», poursuit-il. Des postes d’activités avec mannequins sont reconstitués. Suivent ensuite le travail du verre à chaud et du verre à froid, sans oublier la présentation de moules.
Des vitrines présentent environ 700 flacons emblématiques - qui proviennent notamment de dons des verreries - avec notamment un focus sur le fameux flacon aux abeilles de Guerlain, produit en 1853 par Pochet du Courval, pour abriter l’eau de Cologne impériale destinée à soigner les migraines de l’impératrice Eugénie. «Le flacon c’est la première chose que l’ont voit avant même de sentir le parfum, rappelle Frédéric Marollé. Tout le monde en met. Les gens ça leur rappelle des périodes de leur vie. Nous sommes là pour mettre en valeur des techniques de moins pratiquées et susciter des vocations».
Une centaine d’oeuvres compose l’exposition d’art contemporain. Quant à la nouvelle exposition temporaire, elle est consacrée à l’artiste verrier, Michel Détré. Enfin, la découverte s’achève par les démonstrations des deux souffleurs de verre Hervé Quénu et Liya Gabitova. Sous leurs doigts et par leur bouche naissent vases, fleurs, presse papiers, portes crayons… vendus dans la boutique.
Encore aujourd’hui, une soixantaine d’entreprises constituent la Glass Vallée employant environ 7 500 salariés. C’est ici qu’est encore fabriqué environ 70% du flaconnage de luxe au niveau mondial.