En bref

Restauration collective : les élus de la Somme appellent au bon sens paysan

Depuis 2018, la loi EGalim ou «loi alimentation», puis son niveau 2 «Haute valeur environnementale» (HVE), imposent notamment aux collectivités d'atteindre 50% de produits durables en restauration collective. Au 1er janvier 2027, la loi passera au niveau 3 et la certification HVE ne sera plus suffisante.

Les collèges et la restauration scolaire font partie des compétences des Départements. © CD80

Les collèges et la restauration scolaire font partie des compétences des Départements. © CD80

Dès lors, les élus du conseil départemental de la Somme alertent et interrogent sur le durcissement de la mise en conformité à venir. Ils demandent directement au gouvernement «d'étudier avec la plus grande attention la possibilité de reporter le délai d'application de la disposition de la loi EGalim». Par la voix des élus des groupes «Unis pour la Somme» et «Somme, droite, centre et indépendants», ainsi que par Wilfried Larcher, Frédéric Demule et Stéphane Haussoulier, ils confient que dès 2011, bien avant l'entrée en vigueur de la loi EGalim, le Département de la Somme avait «insufflé une dynamique vertueuse dans les restaurants scolaires de nos collèges avec la valorisation des circuits courts et la mise en place d’une plateforme de commande dédiée aux produits locaux». Aujourd’hui, cette plateforme compte 118 fournisseurs dont 63% sont jugés compatibles avec les exigences de la loi.

«Concurrence déloyale aux producteurs locaux»

Mais avec le durcissement prévu au 1er janvier 2027, «ce chiffre pourrait tomber à 38,1%, ruinant ainsi tous les efforts entrepris ces 15 dernières années, ajoute le conseil départemental. En effet, une telle mise en conformité pourrait représenter un véritable coup d’arrêt à la valorisation de nos producteurs locaux, au profit de denrées respectueuses des certifications mais issues d’exploitations plus éloignées géographiquement. À ce titre, nous regrettons que l’origine locale d’un produit ne soit pas un critère pour qu’il soit considéré comme durable et prônons une écologie de bon sens plutôt qu’une écologie trop souvent punitive. De la même manière, avec ce durcissement, nos producteurs locaux seront mis en situation de concurrence déloyale au sein des 50% de produits dits «non-durables», avec des denrées de basse qualité, issues de certains pays extra-européens».

De plus, devant l'exigence du niveau HVE3 et les contraintes qui s'y rapportent, les conseillers samariens parlent «d'empilement acharné des normes françaises, dont une partie répond à une logique de surtransposition des normes européennes. Cela étouffe nos filières agricoles et nous éloigne du bon sens paysan auquel nous sommes profondément attachés. Il ne saurait y avoir de grande ambition écologique pour notre pays sans un accompagnement exemplaire des agriculteurs, qui connaissent notre terre et qui nous nourrissent quotidiennement».

«Laisser le temps aux exploitations»

De fait, les élus du Département de la Somme adressent nommément leur vœu au Premier ministre, Sébastien Lecornu, ainsi qu'à la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard : «Il est crucial de laisser du temps aux exploitations qui bénéficient actuellement du niveau 2 de la certification pour qu’elles rassemblent les moyens humains, techniques et financiers qui leurs permettront d’atteindre le niveau 3. Dans le cas contraire, il existe un risque réel de retour en arrière et d’une diminution des ventes en circuits courts dont l’intérêt écologique n’est pourtant plus à prouver». Ils précisent : «Ce délai supplémentaire permettrait également d’engager une véritable réflexion à plus long terme sur la pertinence d’un rehaussement du seuil, alors que le niveau 2 de la certification HVE apporte déjà de nombreuses garanties sur la qualité environnementale des produits».