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Sacre du printemps : l’Orchestre national de Lille en formation XXL

Après avoir fêté ses 50 ans fin septembre avec son gala des trois chefs - Jean-Claude Casadesus, Alexandre Bloch et Joshua Weilerstein -, l’Orchestre national de Lille (ONL) jouait à nouveau les 8 et 9 octobre derniers dans sa salle retrouvée du Nouveau Siècle. 

Après avoir fêté ses 50 ans fin septembre avec, entre autres, son gala des trois chefs - Jean-Claude Casadesus, Alexandre Bloch et Joshua Weilerstein -, l’Orchestre national de Lille (ONL) a joué, les 8 et 9 octobre au creux de l'auditorium d'un Nouveau Siècle fraîchement retrouvé après 18 mois de travaux techniques et d'embellissement, devant 1 750 spectateurs. 

C'est un programme ambitieux et exigeant qu'a, lors de ces deux soirées exceptionnelles, dirigé son chef principal Joshua Weilerstein. En introduction, l’«Orpheus’ Comet» de la compositrice bulgare Dobrinka Tabakova. Cette œuvre,  créée à Londres en 2017, est une commande de la BBC et de l’Union européenne pour le 50ème anniversaire d’Euradio. Une très belle pièce d’ouverture, engageante, qui a fait immédiatement apprécier les qualités de l’orchestre. Les différentes textures de son, les mélanges de timbres et la richesse de la palette sonore nous a promis un excellent concert.

Pour la deuxième œuvre, le populaire Concerto pour piano numéro deux de Sergueï Rachmaninov a été  interprété par le pianiste français Alexandre Kantorow. Le musicien de 29 ans a été aurélolé en 2019 du Premier prix du concours Tchaïkovski, à Moscou. Il est également le lauréat de deux Victoires de la Musique, dans la catégorie «soliste instrumental», en 2019 et 2024, et du prestigieux Gilmore Artist Award. L'artiste a également été remarqué pour sa prestation lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques 2024 à Paris. Il avait interprété les «Jeux d'eau» de Maurice Ravel sous une averse opportune. L’excellence de son interprétation a visiblement transporté le public ainsi que les musiciens. Un toucher précis, une virtuosité remarquable, une sensibilité rare et une aisance époustouflante ont, conjugués à la belle complicité entre le chef et son orchestre, conquis le public, dont une grande partie s’est levée pour applaudir à l’issue du concerto.

Sacré Sacre

Après un bref entracte, l'ONL, en très grande formation cette fois - près de 90 musiciens -, a offert l’ambitieux et exigeant Sacre du Printemps. L'une des œuvres les plus difficiles et impressionnantes du vingtième siècle. Elle a été créée en mai 1913 au théâtre des Champs Élysées.  

Les pupitres de cordes en grand nombre, les bois par cinq avec toutes les déclinaisons des familles (flûtes, piccolo, flûte alto, hautbois, cors anglais, clarinettes, clarinettes basses, petite clarinette, bassons et contrebassons) étaient de la partie. Les cuivres en puissance (huit cors dont deux «tubas Wagner», quatre trompettes, trompette piccolo et trompette basse, trois trombones et deux tubas) et les quatre percussionnistes également. 

L’introduction, avec son délicat solo de basson dans l’aigu - initialement pensé par Stravinsky pour le cor anglais puis remanié à la suite d’une plaisanterie d’un bassoniste imitant son collègue lors d’une répétition ! -, était interprétée par le basson solo Jean-Nicolas Hoebeke. «Il s’agit sans doute de l’un des solos les plus difficiles de notre répertoire avec cette particularité consistant à débuter l'oeuvre absolument seul, et dans un registre qui ne pardonne guère l'approximation. Il s'agit d'un moment stressant mais c'est aussi pour ce genre de challenges que l'on travaille sans relâche et que nous avons choisi ce métier ! Et puis Le Sacre du printemps, nous n’avons pas si souvent l’occasion de le jouer en concert...». La dernière fois ? En 2008, se souvient le bassoniste. 

Les deux tableaux de l’œuvre d’une trentaine de minutes, «L’adoration de la Terre» et «Le Sacrifice», ont été magistralement interprétés par l’ensemble des musiciens, jouant de confiance avec leur chef d’orchestre Joshua Weilerstein dirigeant même par cœur pour être au plus proche de ses musiciens. La vigueur, la précision rythmique, les nuances et le son, tantôt chaleureux tantôt massif et martial, ont contribué à leur succès. 

À l’issue du spectacle, le public s’est à nouveau levé, bien loin du scandale qui avait marqué la création de l’œuvre en 1913. Une soirée intense venait de s’achever, un grand moment de musique et de partage où musiciens et spectateurs ont vibré à l’unisson, repartant avec le sentiment d’avoir vécu une expérience rare, emprunte de communion et d’émotions.


Thomas Rio

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