La relève est assurée. Le 30 octobre, dans le cadre du Salon International du Patrimoine, à Paris, une table ronde consacrée aux «jeunes propriétaires, jeunes entrepreneurs et jeunes conservateurs du patrimoine», à l'initiative de VMF, Vieilles maisons françaises. L'association, reconnue d’utilité publique en 1963, se consacre à la sauvegarde et mise en valeur du patrimoine bâti et paysager. Des intervenants aux parcours et profils très différents ont témoigné de leurs démarches, de leurs difficultés et aussi, d'une passion qui reste intacte au XXIe siècle. «Mes parents ne sont pas de ce milieu mais j'ai toujours eu cette sensibilité au bâti ancien», explique Anton Roiné, administrateur adjoint du château (du 18e siècle) de La Motte-Tilly (Aube) pour le Centre des monuments historiques, qui en gère une centaine pour le compte de l'Etat. Plus jeune, faire de cette passion un métier semblait à Anton Roiné une «idée assez inaccessible».
Trajectoire radicalement différente pour Pierre-Alexandre Mouveau, propriétaire du château de Bridoré (Indre- et-Loire). Il y a une trentaine d'années, au décès de son père, le jeune homme -22 ans à l' époque- a hérité de ce monument historique des 14e et 15e siècles. Pour lui, c'est l'histoire d'une transition brutale, après une enfance où le château constitue la «maison de famille où l'on passe ses vacances, où on voit son père et grand père bricoler. Et puis... on fait la même chose. (…). Cela me tombe sur le coin de la figure (…). Heureusement, j'ai eu la chance d'avoir mon grand-père qui était encore là. Il a vécu jusqu'à ses 99 ans», témoigne le châtelain.
«La plus grande difficulté est financière»
Ces deux passionnés du patrimoine font face à des contraintes différentes. Un château privé ? «Il faut savoir faire deux choses. La première, c'est tout faire. Et la deuxième, c'est savoir faire des chèques», décrit Pierre-Alexandre Mouveau qui se définit comme un «chef d'entreprise». «La plus grande difficulté est financière. Un monument raisonne en siècles, les travaux, en mois et les financements en jours», décrit le châtelain qui compte sur l'aide de ses amis, mobilisés pour les travaux d'entretien... Anton Roiné ne subit pas ce type de difficultés spécifiques aux propriétaires de patrimoine. Néanmoins, au château de La Motte-Tilly aussi, les contraintes budgétaires sont fortes, les sommes allouées par l’État au patrimoine se restreignant. Par ailleurs, les activités sont soumises à des règles strictes. «Cela peut ralentir la dynamique de valorisation du monument», regrette-t-il.
Au delà de leurs différences, ces témoignages illustrent la force d'une passion partagée qui s'acclimate très bien au siècle de l'intelligence artificielle et du tout numérique. «Il faut de la passion et de l'inconscience», précise Pierre-Alexandre Mouveau. «C'est la transmission qui m'anime. Celle des bâtiments eux-mêmes et celle de la culture», explique Anton Roiné.
Signe supplémentaire de l'intérêt que suscite le patrimoine, ce dernier a son influenceuse. Par passion personnelle, Margaux Chatillon s'est mise à sillonner la France du «patrimoine bâti insoupçonné pour le mettre en avant sur les réseaux d'une façon un peu dynamique», témoigne-t-elle, lors de la table ronde.