Portrait

Atelier Caradant : des montres qui racontent une histoire

À Vernon, Julien Caradant imaginent des montres uniques qui racontent des histoires subtiles et belles.

Dans son atelier vernonnais, depuis 2022, Julien Caradant invente une autre manière de concevoir des montres mécaniques proposant des modèles personnalisables. Cet ingénieur mécanique a développé une passion pour les montres très jeune. «Enfant, j'étais fasciné par le fonctionnement des choses. Une curiosité qui valait aussi pour ma première montre, offerte par mes parents. Je trouvais incroyable d’avoir cet objet à mon poignet qui avait tant de fonctionnalités», se souvient-il. 

Après avoir travaillé plusieurs années dans le secteur ferroviaire, Julien Caradant aspire à changer d’univers. C’est à cette période qu’il développe un attrait plus prononcé pour l'horlogerie. «J’avais envie d'avoir une montre aviateur. Je me suis penché sur les marques, les modèles, leurs histoires… Il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas», confie-t-il. Pragmatique, l’ingénieur décide de concevoir sa montre lui-même. «J’ai découvert des forums de passionnés qui faisaient des modifications, de l’assemblage à partir de montres achetées».

À quatre pattes sous les établis

L’idée de se reconvertir germe et Julien Caradant passe un CAP horloger au lycée Diderot à Paris en 2017. «J'ai appris la dextérité à quatre pattes sous l’établi, mais les compétences étaient déjà acquises», sourit l’artisan. Si l’envie de se lancer est là, encore faut-il trouver un concept pour se démarquer. «Aujourd’hui, on ne lit plus l’heure sur sa montre, mais sur son portable», constate-t-il. 

L’objet garde pourtant un fort attrait : souvenir d’un parent, d’un moment fort, symbole de réussite sociale, objet de collection ou accessoire de mode… «On peut être attaché à la montre de son grand-père, mais bien souvent, on a perdu une partie de l’histoire qu’elle porte. À quelle occasion a-t-elle été acquise ? comment ? quand ?», relève l’horloger. Il décide de se diriger dans cette voie et développe, de rencontres en salons, une offre sur mesure qui demandera plus de deux ans de travail. «Tous les modèles sont entièrement dessinés par moi-même et je fais fabriquer le boîtier».

Des exemplaires uniques

«Les cadrans sont confectionnés à l’atelier», souligne-t-il. Avec un laser, celui-ci réalise des ornements sur papier personnalisables. Mais avec un impératif : «suggérer, être dans la poésie et la sobriété». Le premier modèle commercialisé est ainsi orné du plan de la ville choisie par le client. «On peut aussi ajouter des points pour localiser des endroits précis symbolisant une rencontre, une naissance…» sourit l’artisan qui ne travaille qu’avec des peintures mates. Autre proposition : représenter la carte du ciel avec la position des étoiles le jour de votre naissance, par exemple. L’artisan conçoit des montres signatures en séries limitées. C’est le cas de Event Horizon. «Chaque exemplaire porte le nom d’un trou noir qui n’est attribué qu’une seule fois», explique-t-il. Une gravure peut venir personnaliser l’objet. Ces modèles peuvent être adaptés à une demande particulière. Un projet entièrement sur mesure peut être également mené dans l’atelier. 

Rosaces de la cathédrale de Rouen, de Notre-Dame de Paris ou de la collégiale de Vernon… L’horloger puise son inspiration dans des univers variés, allant de l’architecture à l’astronomie, en passant par l’art avec des clins d’œil à la Normandie. «Je suis en train de préparer une montre pour le centenaire de la disparition de Claude Monet», révèle celui qui collabore avec l’illustrateur normand MrSmuggler. Pour Julien Caradant, le défi est de se faire connaître. «Là où les passionnés visent la marque, mes clients cherchent un objet pour marquer une vie». Entre réseaux sociaux et salons comme le Fêno, l’artisan mise sur le temps pour affirmer son identité et cibler ses clients.

Pour Aletheia Press, Laetitia Brémont