Dossier
Conjoncture

L’industrie tire une petite croissance

  Alors que le trafic a repris dans le détroit d’Ormuz et que le prix à la pompe dans les stations-service de France décroît progressivement, l’Insee décrit dans sa note de conjoncture la «déprime» des ménages, tandis que l’industrie tire la croissance.

© Adobe stock.

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L’Insee sait adapter rapidement ses prévisions conjoncturelles à l’actualité. Le cessez-le-feu du 17 juin entre l’Iran et les Etats-Unis n’était pas encore signé que les statisticiens prenaient déjà en compte ses conséquences dans leur note de conjoncture publiée la veille. Les termes de l’accord, et notamment la réouverture aux pétroliers du détroit d’Ormuz, connus le 14 juin, ont amené l’Insee à prendre pour hypothèse la stabilisation du cours du Brent autour de 85 dollars le baril dans les prochains mois, contre 60 dollars fin 2025.

Il n’empêche que les trois mois de flambée du cours du brut, avec un pic à 110 dollars fin avril, ont pesé sur les économies européennes qui ont également subi une hausse du coût de l’approvisionnement en gaz. Pour l’heure, le coût des hydrocarbures ne produit que des «effets de premier tour», ce qui, dans le jargon des conjoncturistes, signifie que l’impact de la hausse se limite au carburant et, lorsqu’il est nécessaire, au chauffage. Les «effets de deuxième tour», l’inflation se répercutant à l’ensemble des produits manufacturés, se manifesteraient plus tard dans l’année. En France, ces mouvements se traduiraient par une inflation de 2,7% à la fin de l’année. Le taux d’inflation s’était maintenu à environ 1% en 2025, après avoir bondi à plus de 6% en 2022 et début 2023, suite à l’attaque russe contre l’Ukraine.

En conséquence, «le pouvoir d’achat se comprimerait de 0,3%», signale Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture à l’Insee. Sans surprise, le moral des ménages n’est pas à l’enthousiasme, avec un indice de confiance situé à peine au-dessus de 80 points, au même niveau que lors des manifestations contre la réforme des retraites, début 2023. L’Insee prévoit logiquement une «consommation en panne sèche», en hausse de 0,2% en 2026, après 0,5% en 2025. Le blocage du détroit d’Ormuz a fourni un exemple du comportement des consommateurs lorsqu’ils sont confrontés à un choc. La part des ménages souhaitant, pour des raisons de coût, limiter leurs déplacements, pour la plupart motorisés, a ainsi bondi de 43% en janvier à 52% en avril. Cette dépense est devenue en quelques mois moins prioritaire que les loisirs. Parallèlement, tout en restant à un niveau élevé (17% contre 14% avant la pandémie), l’épargne accuserait légèrement le coup, en raison du regain inflationniste.

L’étrange optimisme des industriels

Dans le même temps, les échanges internationaux se portent bien, en hausse pratiquement continue et régulière depuis la fin de la pandémie. Cette progression, récemment, «s’explique en grande partie par l’augmentation des échanges de biens liés à l’intelligence artificielle », précise l’Insee, en mentionnant « les semi-conducteurs, les serveurs, les infrastructures de données». Si l’Asie en profite, avec une envolée des exportations jusqu’au début de la guerre en Iran, l’Europe est à la traîne, affichant un indice d’exportations inférieur à ce qu’il était en 2022.

L’industrie, en France, continue pour autant à «tenir la barre», selon l’expression de l’Insee. «Le climat des affaires dans l’industrie surnage au-dessus de sa moyenne de longue période, tandis qu’il plonge dans les services et le commerce, directement exposés à la déprime des consommateurs», lit-on dans la note de conjoncture. L’Insee explique cet étrange optimisme par plusieurs facteurs. La guerre dans le Golfe persique a amené les chimistes et raffineurs à «pousser leur production au maximum de leurs capacités», tandis que leurs concurrents n’avaient pas accès au marché européen. En outre, certains plasturgistes et verriers bénéficient des commandes de clients qui anticipent des hausses de prix, voire des pénuries. Enfin, les carnets de commande dans les secteurs aéronautique et naval sont pleins.

Cette activité amène l’Insee à imaginer une croissance de 0,3% au deuxième trimestre de 2026, après un repli de 0,1% cet hiver. Pour l’année, la croissance atteindrait un niveau modeste de 0,7%, équivalent à celui du reste de la zone euro. Une «croissance sans emploi», avertissent toutefois les conjoncturistes. Tandis que «l’industrie n’a pas besoin de main d’œuvre supplémentaire», les autres secteurs pâtissent du détournement des consommateurs. «Au total, l’économie française détruirait 59 000 postes salariés dans le secteur privé en 2026, quasiment autant qu’en 2025», signale l’Insee, qui prévoit un taux de chômage de 8,4% à la fin de l’année, contre 7,9% fin 2025 et 7,3% l’année précédente.