Il y a 50 ans, alors que la Côte d'Opale bétonnait son front de mer, le Département de la Somme, moins exposé aux flux touristiques, faisait le choix d'une approche plus respectueuse de la nature. Le Syndicat mixte d'aménagement de la côte picarde (Smacopi) est devenu le bras armé de cette ambition. Le parc du Marquenterre, l'hôtel du Cap Hornu, la Maison de la Baie et la résidence Belle Dune ont été construits dans cet esprit d'harmonie entre visiteurs et territoire.
Un choix qui inscrit la Baie de Somme, et en premier lieu Saint-Valery-sur-Somme, comme une vitrine du slow tourisme. «Nous capitalisons sur ces acquis, mais il est important que nous reconstruisions une vision pour les 50 prochaines années», résume Angelo Tonolli, président de la communauté d'agglomération de la Baie de Somme.
Saint-Valery, à l'épreuve de son succès
Selon le rapport d'activité 2025 de l'Office de tourisme de la Baie de Somme, le territoire a comptabilisé deux millions de visiteurs et 7,2 millions de nuitées touristiques, pour 399 millions d'euros de retombées économiques. À lui seul, le bureau d'information touristique de Saint-Valery a traité 50% de l'ensemble des demandes reçues sur la communauté d'agglomération. Un succès qui génère aussi des tensions.
«On ne peut pas parler de surtourisme, même si la ville connaît d'importants pics de fréquentation. Nous devons encourager les visiteurs à s'aventurer à l'intérieur des terres, tout aussi intéressantes, mais encore méconnues», analyse Angelo Tonolli. La pression sur le logement s'intensifie également. «Les prix ont fortement augmenté, à tel point qu’il est très difficile de se loger», alerte Angelo Tonolli. À Cayeux-sur-Mer, deuxième commune de l'agglomération, 66 % des résidences sont secondaires. La collectivité mise sur la fiscalité pour rééquilibrer la donne. «Nous avons augmenté la taxe d'habitation sur les résidences secondaires et la taxe de séjour est relativement élevée. C'est une manière de mettre les touristes à contribution», précise-t-il.
Préserver l'environnement
Pour réduire l'impact environnemental et limiter l'afflux de voitures, la mobilité constitue elle aussi un chantier prioritaire. «Le train est en plein développement. La gare d'Abbeville a dépassé le million de voyageurs l'an dernier, soit 30% de plus qu'avant le covid. On constate la même chose à Rue, notamment. Il faut travailler sur les derniers kilomètres avec une véritable offre de transport», souligne Christophe Mennesson, vice-président chargé du tourisme.
Côté vélo, «on observe une explosion du cyclotourisme depuis le covid», poursuit-il, citant les chantiers de la véloroute des oiseaux dans le Marquenterre, et du pont de Béthune, qui doivent mieux irriguer l'arrière-pays. Reste l'enjeu le plus vertigineux : le recul du trait de côte. «Si l'on suit les projections du Giec, une partie de notre territoire devrait être sous les eaux dans un avenir qui n'est pas si lointain», prévient Angelo Tonolli. Pour celui-ci l'enjeu sera bientôt de définir les zones à protéger et celles qui seront, un jour, rendues à la mer. «Cela signifie que les paysages, la façon d'habiter et les modes de déplacement vont évoluer. Demain apparaîtront peut-être de nouveaux sites touristiques», conclut-il.