Le 21 mai à Paris a eu lieu l’édition 2026 du Printemps des territoires, le rendez-vous annuel organisé par la Banque des Territoires, qui réunit les décideurs locaux et nationaux, les élus, partenaires institutionnels et acteurs engagés dans la transformation des territoires. Cette 7e édition s’est tenue cette année dans un contexte particulier, peu après des élections municipales, entre contraintes budgétaires, liées à la situation des finances publiques, et tensions géopolitiques, qui impactent les décisions locales du fait des enjeux liés à la transition énergétique et à la souveraineté.
« Les territoires ont une capacité à fabriquer des solutions sur mesure »
« C’est un peu compliqué en ce moment », a reconnu Françoise Gatel, ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, dans son discours d’ouverture du Printemps des territoires. D’autant plus que, au-delà du contexte géopolitique et budgétaire actuels, « il y a ce qui n’est pas une crise, mais une mutation » des civilisations pour s’adapter aux évolutions. « Cela fait toujours un peu mal aux articulations, et l’inconnu nous fait peur, mais les civilisations qui ont disparu sont celles qui ont fait preuve d’immobilisme. Et moi, je crois dans notre capacité à bouger. » Les territoires ont « une capacité à fabriquer des solutions sur mesure », et « il y a un avenir pour tous les territoires dans un modèle de développement durable ».
2025, une année dynamique en termes d’investissements dans les territoires
Directeur de la Banque des Territoires, Antoine Saintoyant a pointé « la dynamique » des collectivités en matière d’investissements l’an passé. En 2025, la Banque des territoires a ainsi mobilisé plus de 49 milliards d’euros et accompagné 11 000 projets. Des niveaux « inédits », a-t-il souligné, avant d’illustrer ces chiffres d’exemples de réalisations : plus de 100 000 logements sociaux financés, « un record depuis la fin des années 2010 » ; plus de 700 millions d’euros engagés pour des projets hospitaliers, « un record et un montant multiplié par quatre par rapport à 2024 » ; de nombreux projets de revitalisation des centres-villes dans le cadre du programme Action cœur de ville ; l’accompagnement de projets de réseaux de chaleur, de rénovation thermique des bâtiments scolaires… Une dynamique que la Banque des Territoires entend continuer d’accompagner. Ainsi, en matière de logement – une des trois thématiques du Printemps des territoires, cette année –, « notre ambition est de contribuer à la construction de 650 000 logements supplémentaires d’ici à 2030, ce qui implique la mobilisation de 100 milliards d’euros d’ici à 2030 ».
Le mal-logement, « une bombe sociale à retardement »
Un million de personnes sans logement personnel, trois millions de personnes mal logées en France… « Les causes en sont nombreuses : moindre engagement financier de l’État, baisse de la construction neuve, difficulté plus grande d’accès à la propriété réduisant mécaniquement les sorties du parc locatif, développement de la location de courte durée, renchérissement des loyers… », a expliqué Marie-Christine Jaillet, directrice de recherche au CNRS et spécialiste des transformations des villes contemporaines. Et « si cette bombe sociale à retardement, comme d’aucuns la nomment, n’a pas encore explosé, c’est sans doute en raison de la capacité d’absorption de micro-régulations infrasociales : cohabitations retardées, suroccupations, hébergement par la famille ou des proches, campings, habitats légers, colocations contraintes… »
Des évolutions sociétales qui interrogent les politiques du logement
Relance de la construction et remobilisation du parc existant (logements vacants, logements anciens nécessitant des travaux de réhabilitation), ces moyens vont-ils permettre de résoudre la crise ? «Ils peuvent y contribuer », mais « on ne résoudra pas cette crise sans prendre en compte les changements profonds de la société », a-t-elle souligné. À savoir : le vieillissement de la population et l’allongement de la durée de la vie, qui nécessitent des logements « adaptés aux pertes d’autonomie et au risque d’isolement » ; l’évolution des structures des ménages (aujourd’hui, un ménage sur trois est composé d’une seule personne et un sur quatre de deux personnes), « ce qui incite à construire des petits logements mais qui ne doivent pas être trop petits pour pouvoir accueillir enfants, petits-enfants, amis » ; la moindre stabilité des ménages, du fait des séparations et des recompositions familiales.Ou encore, le développement du télétravail, « qui impacte l’organisation du logement et les choix résidentiels » ; et des parcours de vie « davantage séquencés, discontinus professionnellement et personnellement, qui ont pour effet une mobilité résidentielle accrue ».
Face à ces évolutions sociétales, « le foisonnement des expérimentations à l’initiative des collectivités locales, de bailleurs sociaux, d’opérateurs privés ou associatifs, de collectifs citoyens, pour apporter de nouvelles réponses donne à voir l’ébauche de solutions », et « il faut s’intéresser aux conditions de leur généralisation ». Ce qui implique, selon l’experte, « une autre façon de concevoir les politiques de logement ».