Lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, lutte contre les fraudes – fiscales, sociales, douanières – et les atteintes aux finances publiques, lutte contre les ingérences étrangères… Pour la cellule de renseignement financier Tracfin, l’année 2025 a toute d’abord été marquée par une forte hausse des déclarations de soupçon. Elle a en effet reçu plus de 278 000 l’an passé, soit une augmentation de 32% par rapport à 2024.
Mais cette tendance globale cache de grandes disparités entre les professionnels assujettis à cette obligation. 93% des déclarations de soupçon continuent d’être adressées à Tracfin par le secteur financier : banques, établissements de crédit ou de paiement, de monnaie électronique, prestataires de services sur cryptoactifs, compagnies d’assurance, sociétés de financement, mutuelles et institution de prévoyance, sociétés de gestion de portefeuille, conseils en investissement financier…
Risques de «noyer» les enquêteurs
Pour éviter que les enquêteurs de Tracfin se retrouvent noyés par cette hausse du flux issu du secteur financier (258 000 déclarations de soupçon en 2025, contre 196 000 en 2024), ses services s’efforcent de sensibiliser les déclarants à certaines bonnes pratiques en termes d’approche par les risques et de la qualité des informations transmises pour qu’elles soient plus facilement utilisables (structuration des données, valorisation des éléments de contexte...).
Une activité déclarative très variable au sein des professions non financières
En ce qui concerne les professions non financières assujetties à cette obligation, le nombre de déclarations de soupçon a également progressé de 38% entre 2024 et 2025, mais dans des proportions très variables selon les professions : +64% pour les notaires, qui restent les premiers déclarants avec plus de 6 500 déclarations de soupçon, +66% pour les experts-comptables, +38% pour les opérateurs de jeux en ligne, +35% pour les commissaires aux comptes, +29% pour les professionnels de l’immobilier, +23% pour les greffiers des tribunaux de commerce, +26% pour les administrateurs de justice et les mandataires judiciaires, +17% pour les commissaires de justice…
Des déclarations de soupçon difficilement exploitables
Tracfin juge toutefois l’activité déclarative de certaines professions non financières «très insuffisante». À commencer par celle des avocats, dont les bâtonniers ont transmis 38 déclarations en 2025, contre 15 en 2024. Les CARPA (les caisses de règlements pécuniaire des avocats, qui ont demandé à être assujetties à cette obligation), en ont quant à elle transmis 83 en 2025, vs 68 en 2024. C’est aussi le cas des commissaires aux comptes (191 déclarations en 2025), des commerçants de métaux et pierres précieuses (122), des négociants d’œuvres d’art et d’antiquités (5)... et des agents sportifs (aucune déclaration). Qui plus est, la qualité des informations transmises par les professions non financières est trop souvent insuffisante pour qu’elles puissent être exploitées efficacement par Tracfin.
Davantage d’enquêtes approfondies
Quant au nombre d’enquêtes approfondies menées par Tracfin en 2025, il a augmenté de 10% par rapport à l’année précédente. 40 millions d’avoirs criminels ont ainsi été saisis en France l’an passé rien que dans le cadre du dispositif dit des «circuits courts» qui permet de neutraliser rapidement les sociétés éphémères utilisées pour blanchir de l’argent, et le service a transmis à une banque étrangère une demande de gel d’avoirs d’un montant de 300 millions d’euros.
Près de 18 000 personnes physiques ou morales ont été signalées à d’autres administrations (Direction des finances publiques, Urssaf…) en 2025, pour des faits allant de la fraude fiscale au travail dissimulé. Le montant des enjeux estimés dans les transmissions relatives à la fraude aux finances publiques s’établit à plus de trois 3 milliards d’euros, et 30% des contrôles menés par l’Urssaf l’an passé étaient basés sur des informations transmises par Tracfin.