Accusé d'avoir rendu les adolescents accros à Facebook et Instagram, Meta affronte mardi, les premières plaidoiries d'un procès dans lequel plusieurs Etats américains lui réclament près de 200 milliards de dollars de pénalités et une refonte de ses deux applications phares. Après la sélection du jury la semaine dernière, les débats s'ouvrent sur le fond, pour six semaines, devant le tribunal fédéral d'Oakland, sur la baie de San Francisco.
C'est le premier procès fédéral d'un vaste contentieux qui vise aussi TikTok, Snapchat et YouTube, cernés par les procédures de familles, de collectivités scolaires et d'États américains qui les accusent d'avoir dégradé la santé mentale des adolescents.
Meta comparaît ici seul, déjà lesté de deux condamnations cette année devant des tribunaux d'État, à Los Angeles et au Nouveau-Mexique, dont il a fait appel. Les États lui réclament, selon un chiffrage encore provisoire, quelque 193 milliards de dollars de pénalités. Ils ont démenti jeudi viser 1 400 milliards, un total calculé par Meta pour, selon eux, "créer la stupeur". Ils demandent aussi que les réglages les plus protecteurs soient imposés d'office aux mineurs, du temps d'écran aux notifications, sans possibilité pour un adolescent de les assouplir seul.
Accusation en trois volets
Chefs de file d'une coalition de 29 États qui poursuivent Meta depuis 2023, ce sont les procureurs généraux de quatre d'entre eux - Californie, Colorado, Kentucky et New Jersey- qui portent le fer dans ce procès.
Leur accusation tient en trois volets : Meta aurait menti au public sur la nocivité de ses applications pour les adolescents; il aurait conçu certaines fonctionnalités pour les retenir, notamment des filtres d'apparence et des outils de limitation du temps facilement contournables; et il aurait collecté les données d'enfants de moins de 13 ans sans consentement parental, en violation d'une loi fédérale.
"Nous allons démontrer devant un jury que Meta a caché ce qu'il savait des dommages causés aux jeunes, parce que détourner le regard était plus rentable", a affirmé lundi le procureur général du Kentucky, Russell Coleman : "Nous l'avons fait avec l'industrie du tabac dans les années 1990, nous l'avons fait avec les entreprises derrière la crise des opiacés, nous le referons avec Meta".