Comme chaque année, le Conseil d’orientation des retraites (COR) présente en juin un état des lieux actualisé de la situation et des perspectives du système de retraites français. C’est peu dire qu’à moins d’un an de l’élection présidentielle, le rapport 2026 était particulièrement attendu. Les conclusions ? Le déficit global du système de retraites s’aggraverait jusqu’en 2070, sous l’effet conjugué d’une démographie en berne et d’un environnement économico-financier dégradé. En s’appuyant sur un scénario de référence révisé (taux de fécondité de 1,45 enfant par femme à partir de 2028, gains d’espérance de vie en baisse et solde migratoire annuel de +150 000 personnes, dès 2026), le COR propose alors plusieurs simulations, qui «ont une vocation exclusivement pédagogique et ne constituent en aucune manière des propositions de réforme».
Dégradation du déficit financier
En 2025, les dépenses de retraite représentaient 422 milliards d’euros, soit 14,1% du PIB (24,3% de l’ensemble des dépenses publiques). Selon le scénario du COR, cette part dans le PIB demeurerait stable jusqu’en 2045, avant d’augmenter, sous l’effet, entre autres, d’un taux de fécondité en nette baisse, pour atteindre 15,3% en 2070. L’analyse des ressources du système est en revanche plus délicate, puisqu’au-delà des cotisations sociales — principale ressource dans un système par répartition —, le système de retraites français repose également sur des impôts affectés et des contributions ou subventions de l’État, dont la part atteint désormais un tiers. Le COR estime ainsi que les ressources du système baisseraient de 13,9% du PIB en 2025 à 12,9% en 2070.
L’un dans l’autre, le solde du système de retraites en 2025, incluant les régimes de base et les régimes complémentaires, est déficitaire de 5,1 milliards d’euros (hors charges et produits financiers), soit -0,2% du PIB. Ce déficit atteindrait -0,2 point de PIB en 2030 ; -0,9 point en 2045 et -2,4 en 2070.
Propositions de réforme
Un système de retraites par répartition offre de manière simplifiée trois leviers possibles de réforme, qui peuvent, bien entendu, être combinés pour des raisons de compétitivité, de justice sociale et de niveau de vie : le montant des pensions, le volume des cotisations sociales (salariés ou employeurs) et l’âge de départ à la retraite. Le COR, en sa qualité d’instance indépendante et pluraliste d’expertise et de concertation, n’a évidemment pas pour rôle de faire des préconisations d’ordre politique. Il se contente donc d’illustrer, de manière quelque peu artificielle, l’effet de chaque levier pris isolément pour ramener le système à l’équilibre en 2070.
Ainsi, à court terme, une baisse des pensions serait très défavorable à la consommation, à l’activité et à l’emploi. Certes, à plus long terme, cela conduirait, selon le rapport à une modération des prix, susceptible d’améliorer la compétitivité et l’investissement, mais au détriment du pouvoir d’achat des ménages. Quant à une augmentation des cotisations sociales, à court terme, elle serait selon le COR défavorable à l’emploi, à la consommation, à l’investissement et à la compétitivité des entreprises ; à plus long terme, les salariés en payeraient le plus lourd tribut.
Reste alors le relèvement de l’âge effectif de départ à la retraite, qui a les faveurs du COR dans la mesure où, après une augmentation temporaire du chômage au moment de la réforme, «le report de l’âge de départ soutient l’emploi et l’activité, ce qui améliore à la fois le solde des retraites et celui des finances publiques hors retraites». Pour ce faire, «dans le scénario de référence, l’équilibre structurel annuel du système de retraite jusqu’en 2070 pourrait être assuré par le seul levier de l’âge de départ à la retraite. Cela impliquerait de porter l’âge moyen de départ à 64,2 ans en 2030 ; 65,6 ans en 2045 et 67,6 ans en 2070 […]».
Mais, quelles que soient les mesures et simulations du COR, elles sont à prendre avec prudence, car les calculs «ne prennent pas en compte les effets d’interaction entre les différents leviers». Exit, entre autres, l’évolution des préférences individuelles, les liens entre âge de départ à la retraite et niveau des pensions, tout comme les effets d’un report de l’âge de la retraite sur le chômage des plus jeunes…
Si le Conseil a au moins l’humilité de concéder les faiblesses de ses simulations, les politiques quant à eux ne font pas dans le détail. En vrac : abandon d’un âge officiel de départ en retraite au profit de la seule durée de cotisation, introduction d’une dose de capitalisation, report de l’âge légal à 67 ans ou au contraire retour à 60 ans, etc. Et chacun d’affirmer que sa solution est la seule raisonnable, même si elle n’obtient aucune majorité.
En attendant, une réforme n’a même pas le temps d’être évaluée, qu’une nouvelle lui succède. Quant à celle de 2023, sa suspension jusqu’en 2028 coûtera des millions, voire des milliards d’euros. D’où la nécessité — encore — d’une réforme !