La crise des artisans du bâtiment impose des changements rapides de politique publique. Tel était le message porté par Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment, le 2 septembre, lors de la présentation à la presse de la conjoncture du deuxième trimestre 2026. Parmi les revendications majeures avancées, une évolution de la politique de la transition écologique et énergétique du logement, celle actuelle étant jugée insuffisante et inadéquate. « On voit clairement que qu'il n'y a pas de vision collective sur l'ambition à avoir pour ne pas revivre les canicules comme cet été », estime Jean-Christophe Repon. La Capeb plaide pour une politique de rénovation énergétique « progressive », financièrement accessible aux particuliers, avec des aides publiques fléchées vers les petits travaux. C'est tout l'inverse de l'orientation prise par le gouvernement à la recherche d'économies. Le budget du dispositif MaPrimRénov vient d'être raboté de 300 millions d’euros (sur 3,6 milliards ). Son orientation, qui concentre les aides publiques vers des rénovations d'ensemble, a été durcie : depuis le 1er septembre, des travaux « monogestes » comme les systèmes de ventilation ou l'isolation des fenêtres sont exclus du dispositif . « Nous voudrions voir réaffecter MaPrimRénov' sur les monogestes (….) Si vous les supprimez, comment pouvez-vous dire aux Français d'installer des stores, d'occulter ? », pointe Jean-Christophe Repon. Le président de la Capeb s'inquiète aussi de voir se tarir une autre source de financement du dispositif. Il évoque une « petite musique » qui circule : une éventuelle suppression des C2E, certificats d'économies d'énergie, qui aurait l'avantage de faire baisser les prix à la pompe. « C’est bien le pollueur payant qui doit contribuer à la rénovation énergétique », argumente Jean-Christophe Repon.
« Vigilants »
Nouveauté de l'automne, l'entrée en vigueur de l'obligation, pour toutes les entreprises, d'être en capacité de recevoir une facture électronique, suscite l'inquiétude. La Capeb promet la plus grande « vigilance » sur l'effectivité des contrôles sur les plateformes agréées par l'Etat. Mais le syndicat promet aussi de rester « vigilant » sur des actualités qui concernent d'autres mesures structurantes pour le secteur. A commencer par le maintien de l'ensemble des financements de l'apprentissage, - avec des exonérations de cotisations qui ont été rétablies après avoir été supprimées-. «C'est le cœur de nos entreprises », insiste Jean-Christophe Repon. Selon la Capeb, ces dernières années, le nombre d'apprentis a diminué de plusieurs milliers, privant les jeunes d'un accès au travail et obérant l'avenir des entreprises. Le syndicat en appelle aussi à la mise en place d'un observatoire des prix des matériaux. La nécessité de ce dernier, déjà identifiée, a été rendue aiguë encore par l'inflation générée par la crise du détroit d'Ormuz, les artisans ayant le net sentiment que certains ont profité de la crise à leurs dépens. Et enfin, le syndicat maintient sa revendication du passage de la TVA de 10% à 5,5% sur l'ensemble des travaux de rénovation, en dépit du contexte contraint des finances publiques dans lequel le gouvernement prépare le prochain projet de loi de Finances.
Parmi les adhérents de la Capeb, prévaut un sentiment de « ras-le-bol », d'incompréhension, de « défiance vis à vis du politique, comme dans le reste de la population », selon Jean-Christophe Repon. Il prévient. : « Parfois, on se demande comment nous allons pouvoir éviter quelques radicalités, du populisme ». D'ici la fin du mois, la Capeb présentera les priorités de ses adhérents aux candidats à l’élection présidentielle.