C'est le 13e trimestre successif de baisse de l'activité. Le 2 septembre, la Capeb, Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment, présentait à la presse sa note de conjoncture du deuxième trimestre 2026 (T2), à Paris. « Jamais un tunnel de baisse de l'activité n'a été aussi long », a souligné Jean-Christophe Repon, président de la Capeb. « Le conflit au Moyen-Orient a clairement déstabilisé notre environnement », a poursuivi Sylvie Montout, directrice de la direction économique de la Capeb. Le climat d'incertitude qu'il engendre est en effet de nature à décourager les ménages de réaliser des travaux. Et il a aussi impacté les artisans qui ont subi l'inflation via la hausse des prix du carburant, suivie de celle du prix de matériaux (jusqu'à 25%) et d'équipements. S'ajoute à cela le facteur climatique, vagues de chaleurs et inondations engendrant des dysfonctionnements.
Bilan, l'activité a diminué de 1,5% au T2 2026, par rapport au T2 2025. Seul signal positif, alors que les activités de construction et de rénovation subissent la baisse, celles concernant la rénovation énergétique restent stables. Mais dans l'ensemble, le niveau d'activité est faible, en témoignent des carnets de commande « poussifs », commente Sylvie Montout. Ils restent stables autour de 80 jours de travail. Et les dirigeants ne s'attendent pas à les voir se remplir. Indicateur majeur des difficultés des entreprises, « le solde d'opinion sur les trésoreries a marqué une dégradation très nette ce deuxième trimestre, à - 32 points (…) C'est proche de ce que nous observions l'année du Covid » dévoile la responsable. Selon la Capeb, la trésorerie des artisans a été prise en tenailles entre des hausses de prix de matériaux qu'elles n'ont pas répercutées sur leurs tarifs et des allongements de délais-voire, des défauts - de paiement des clients.
Usure et lueurs d'espoirs
Les autres évolutions du T2 2026 ne sont pas plus encourageantes. -2,2% pour l'emploi, soit 12 000 emplois de moins en un an. Et le nombre d'entreprises ayant essayé d'embaucher a diminué. 3619 défaillances d'entreprises ont été enregistrées. « Cela représente 2,1% de moins sur un an. Depuis trois ans, cela reste stable, nous tournons autour de 3600 -3700 défaillances par trimestre, un niveau très haut, comparable à ceux du début des années 2010 », explique Sylvie Montout. Le nombre de créations d'entreprises aussi (22 783) reste à un niveau globalement stable, sur le moyen terme.
Et un autre indicateur témoigne de l'usure du secteur : 54% des chefs d'entreprise se sont sentis assez, voire très fatigués en 2025, soit 4 points de plus qu'en 2024. Ils ne sont que 16% à se dire confiants, vs 22% en 2024, d'après le baromètre Artisanté de la Capeb.
Les résultats du dernier trimestre ne sont pas de nature à les rassurer : ni le contexte politique et économique national, ni la situation géopolitique ne semblent favorables à une reprise, même si la Capeb relève quelques timides signaux positifs. Bien que leur niveau reste bas, les mises en chantier de logements individuels ont augmenté – et les autorisations restent stables. Et les ventes de logements anciens ont poursuivi leur progression, pour atteindre 954 000 ventes de logements cumulées en juin.
Toutefois, « à l'évidence, en 2026, nous serons encore sur une baisse d'activité, de l'emploi sera encore détruit », souligne Jean-Christophe Repon qui rappelle le paradoxe : 40 000 emplois détruits dans le secteur en quatre ans, alors que les besoins de rénovation des bâtiments liés à la transition énergétique, que la canicule a mis en exergue cet été, sont immenses.