L'affaire a secoué le monde de la culture et du patrimoine. Le 17 juin, Sébastien Lecornu, Premier ministre, a annoncé vouloir modifier la gestion du site du Mont-Saint-Michel. Le site normand, îlot surmonté d'un ensemble monastique fortifié, est l'un des plus prestigieux de France. Il a été classé monument historique dès 1874 et il est également inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. C'est aussi l'un des lieux plus fréquenté de l'Hexagone (3 millions de visiteurs l'an dernier). Sa gestion va être entièrement confiée à l'EPMSM, l’Établissement public de l’abbaye du Mont-Saint-Michel. Jusqu'à présent, cet établissement public à caractère industriel et commercial (Epic) assurait cette gestion conjointement avec le CMN, Centre des Monuments Nationaux, entité publique qui gère une centaine de monuments nationaux. «Je partage la conviction qu'il est indispensable de consolider l'action de l'Epic en s'appuyant sur une clarification de la gouvernance du site, conforme à l'esprit de sa création. Il s'agit d'organiser une gestion unifiée plus efficiente du site et de l'abbaye», a écrit Sébastien Lecornu dans une lettre adressée à plusieurs élus locaux, dont le président de la région Normandie, Hervé Morin, relaient Les Échos du 18 juin.
Sa décision a provoqué la colère de l'intersyndicale du ministère de la Culture. Laquelle a appelé à la grève le 18 juin dans les monuments nationaux et, a déployé, le 30 juin, une banderole sur les remparts du Mont-Saint-Michel, avec l'inscription «CMN en danger», observait Ouest-France, le jour même.
Un modèle économique très incertain
La décision de Sébastien Lecornu n'était pas encore officielle, mais elle s'est invitée dans les échanges tenus le 27 mai, lors de l'audition de Marie Lavandier, présidente du CMN, par la commission de la Culture, de l'Education, de la Communication et du Sport du Sénat. Sans confirmer ni commenter directement l'hypothétique décision, Marie Lavandier en a décrypté les multiples - éventuelles- conséquences pour le site lui même et pour le CMN.
Ce dernier, a-t-elle rappelé, fonctionne sur la base du principe de la péréquation : «cette solidarité financière unique relie tout notre réseau. Les monuments les plus fréquentés (...) qui présentent un solde d'exploitation positif, financent la restauration et l'animation des sites plus confidentiels». Concrètement, l'équilibre repose sur cinq sites parmi lesquels le Mont-Saint-Michel. Ce principe, associé à celui de la mutualisation, constitue un «modèle unique», a ajouté Marie Lavandier. «Il permet que nos monuments bénéficient d'un niveau et d'une variété d'expertise sans égal, et aussi, de faire des économies d'échelle. Il produit une vision d'ensemble précieuse pour notre pays» a-t-elle argumenté. Concernant le Mont-Saint-Michel, «C'est un site exceptionnel, et il est menacé au quotidien. Il requiert une connaissance, des compétences en termes de préservation et de conservation patrimoniale particulières», a mis en garde Marie Lavandier. Laquelle a aussi exprimé des doutes sur la viabilité du modèle économique d'un site géré sans le CMN, en s'appuyant sur l'exemple du château de Chambord. Le monument a été retiré à la gestion du CMN pour être confiée à un Epic en 2005. «Aujourd'hui, il représente 260 équivalents temps plein pour accueillir environ un million de visiteurs par an. (…) Du point de vue des finances publiques, le modèle économique aujourd'hui en place sur le Mont-Saint-Michel est, me semble-t-il, remarquable. Je crois qu'il faut bien réfléchir avant de déstabiliser». Aujourd'hui, pour l'abbaye du Mont-Saint-Michel, une centaine de personnes suffisent pour accueillir 1,5 million de visiteurs par an.