À Flavigny-sur-Ozerain, le temps semble s’être arrêté. Pourtant, derrière les murs de l’ancienne abbaye, une activité économique bien actuelle se poursuit chaque jour : la fabrication des anis de Flavigny. La recette, elle, n’a guère changé depuis plusieurs siècles. «Il faut 15 jours pour fabriquer une dragée. Le process consiste à enrober la graine d’anis de couches successives de sucre, jusqu’à arriver à un bonbon qui fait environ un gramme», explique Flavien Hudeley, chef dragéiste aux Anis de Flavigny. Ce temps de fabrication est aussi ce qui fait la particularité du produit. Environ 200 tonnes de bonbons sortent chaque année de l’atelier. Une production qui alimente les ventes en France, mais aussi une activité à l’international : les anis sont aujourd’hui présents dans 35 pays. Pour cette entreprise installée au cœur d’un village rural, l’enjeu est donc de préserver un savoir-faire ancien tout en trouvant de nouveaux consommateurs.
Treize parfums pour élargir la clientèle
Car l’entreprise ne mise pas uniquement sur la tradition. Si l’anis reste emblématique, la gamme compte désormais 13 parfums, de la fleur d’oranger à la violette. Une diversification assumée par Catherine Troubat, qui dirige les Anis de Flavigny et travaille elle-même à la création de nouvelles associations. Cette recherche de nouveaux goûts permet de toucher un public plus large, en France comme à l’étranger. «Les bonbons, ce n’est pas que l’anis. Il y en a pour tous les goûts», insiste Catherine Troubat.
Derrière cette volonté de renouveler la gamme se joue aussi l’avenir économique de la marque : conserver les clients attachés au goût historique tout en séduisant de nouvelles générations. Les boîtes participent elles aussi à cette stratégie. Leurs illustrations, qui racontent notamment une histoire d’amour entre un berger et une bergère, sont devenues indissociables de l’identité des anis. Une manière de transformer une simple confiserie en produit touristique et culturel. Les visiteurs – car l’entreprise ouvre ses portes au public - repartent ainsi avec une spécialité locale, tandis que l’entreprise fait rayonner le nom de Flavigny bien au-delà de la Côte-d’Or.
Autrefois considérés comme un produit précieux et parfois offert aux rois et aux reines, les anis sont aujourd’hui accessibles au plus grand nombre. Mais derrière leur prix de quelques euros la boîte se cache un modèle économique fondé sur un équilibre délicat : produire localement, préserver une fabrication artisanale et, en même temps, aller chercher des marchés à l’étranger. À Flavigny, le petit bonbon est donc devenu un ambassadeur du territoire.