Dossier

Les notaires en Picardie mettent le conseil et l'humain au centre

Lors du 122ème congrès national des notaires, qui se tient à Lille du 30 septembre au 2 octobre, Thomas Giey - président des notaires de Picardie - voit, dans l'avenir du métier, le rôle accentué de conseiller de ces magistrats de l’amiable.

Thomas Giey, président des notaires de Picardie. © Cyrille Struy

Thomas Giey, président des notaires de Picardie. © Cyrille Struy

En cette fin d'année 2026, et un an et demi depuis son élection, Thomas Giey défend et accompagne avec détermination sa profession. Si aucun grand bouleversement n'a touché les notaires, des ajustements se sont mis en place et c'est vers l'avenir que le président de la Chambre interdépartementale des notaires de Picardie se tourne. Cette fin d'année est tout même bousculée par l'inquiétude des clients au sujet du droit de succession en vue des futures élections présidentielle. «Cette génération de boomers doit transmettre neuf milliards d'euros de capitaux. Et ils se demandent quelle taxe sur ces capitaux sera mise en place, c'est un grand sujet d'inquiétude actuellement», explique Thomas Giey.  

Dans cet avenir, il voit le droit des entreprises comme un potentiel d'avenir. Si ce droit est exercé par les avocats et les experts-comptables, il précise que les notaires y sont aussi formés et possèdent tout autant des connaissances. «Il y a vraiment un potentiel de développement du métier à saisir, notamment avec notre proximité avec nos clients, précise-t-il. Nous pouvons apporter une expertise complémentaire à celle des experts-comptables. Nous intervenons sur des questions liées à la transmission, comme le pacte Dutreil, les cessions, les donations de parts de sociétés, mais ce n’est pas tout. Nous avons également un rôle à jouer tout au long du cycle de vie d’une entreprise, notamment lors de son développement. De plus en plus d’entrepreneurs viennent solliciter nos conseils».

Être un conseiller 

Et ces conseils justement sont au cœur du métier de notaire, qui n'effectue pas seulement des actions juridiques. «Le rôle de conseiller est une partie de notre ADN, note Thomas Giey. Notre rôle reste celui d’appliquer la loi mais aussi celui de préserver la paix des familles. L'humain demeure toujours au sein de chaque décision». Notamment quant au sujet de l'imposition : «Le notaire est un collecteur d'impôt mais nous sommes là pour informer sur les impôts et pour alléger la charge fiscale au maximum», exprime Thomas Giey. Dans ce sens, le président des notaires de Picardie voit le notaire comme un précieux conseiller, une mission qu'il faut davantage développer. «Chaque cas est unique et il faut davantage se spécialiser dans ce conseil car il existe une multitude d'impôts», précise-t-il. 

De nombreux sujets touchent le quotidien de ces professionnels, et l'impôt sur la fortune immobilière est un exemple de sujet pour lequel le notaire «a son rôle à jouer», constate Thomas Giey. «Nous conseillons aussi les personnes en matière de transmission, continue-t-il. Il faut accentuer ce rôle de conseiller et être pointu sur la fiscalité pour pourvoir se spécialiser». Une perspective d'avenir qui plus est dans un contexte où de plus en plus d’entrepreneurs sollicitent les conseils des notaires. «Certains notaires se spécialisent déjà en droit de l'entreprise. La négociation immobilière représente également un levier intéressant, dans la mesure où elle reste une activité complémentaire», exprime Thomas Giey.

Ubérisation et IA

Si aucun bouleversement n'a secoué la profession, l'augmentation du nombre de notaires – impulsée par l’État – a tout de même un impact sur les conditions de travail selon le président des notaires de Picardie. À Amiens, par exemple, il y a eu 17 créations d'offices en six ans, représentant un chiffre important. «Il y a pour moi une ubérisation de la société, définit-il. Il y a des zones où il manque des notaires et c'est bien que des notaires puissent s'y installer de façon libre, mais je pense que nous sommes assez aujourd'hui. À mon sens, il faut réduire la carte des installations et nous avons été entendu par le ministère de la Justice».

En parallèle, dans un monde où l'intelligence artificielle grandit à grande vitesse, ainsi que son utilisation au sein de la société, ce rôle humain du notaire est primordial et demeure intrinsèque à la profession. L'IA na pas encore été introduit à grande échelle dans les offices notariaux mais une réflexion sur son utilisation est en cours - notamment pour une aide administrative à partir de 2027 -, et, de fait, une réorganisation dans le rôle de chacun. Si Thomas Giey entend accentuer le rôle de conseiller de cette profession, c'est aussi parce que la machine ne remplace pas les connaissances et l'expertise de ces professionnels. Extrêmement vigilant face à cet IA, Thomas Giey pense «qu'il faut garder son discernement». Quant à son utilisation, il reste attentif pour l'avenir : «Il faut éviter de ne plus réfléchir. L'outil peut être un bon support et une aide mais il ne faut pas que la machine nous domine. Par exemple pour notre profession, le robot ne reconnaîtra jamais l'architecture d'une famille. L'humain est essentiel et il ne faut pas faire 100% confiance à l'IA».

En chiffres 

368 notaires 
1 400 collaborateurs
220 millions d'euros de CA