Interview

Marcq-en-Barœul : du redressement au rebond, Emdé poursuit son histoire

Historiquement implantée sur la métropole lilloise, l'entreprise Emdé se relève après avoir été en redressement judiciaire en 2012. Elle célèbre cette année avec résilience et ambitions ses 90 ans, sous l'impulsion de son dirigeant, Cédric Dhalluin.

D'une période particulièrement complexe au rebond, Emdé a fait évoluer son modèle pour renouer avec la croissance. L'histoire de cette PME familiale trouve ses fondements en 1937, lorsque Maurice Dumont décide de créer un atelier d'encadrement à Marcq-en-Barœul. «Il y proposait des cadres et des tableaux pour les peintres. La spécialité notamment, c'étaient des cadres ornés, dorés à la feuille et sculptés à la main» explique Cédric Dhalluin, dont le père a commencé chez Emdé en tant que stagiaire pour finalement, s'associer avec Maurice Dumont et reprendre l'entreprise.

Il développe les cadres tableaux pour les photographes et portraitristes et s'installe dans le quartier du Pavé Stratégique en 1967. «A cette époque, entre la mairie et ici, il n'y avait pas grand chose !» sourit Cédric Dhalluin, alors que depuis, la zone s'est considérablement développée entre le Domyos Fitness Center, le centre de bien-être Caliceo et un futur vaste programme immobilier en train de sortir de terre.

Trouver la bonne rentabilité

Dans les années 1970, Emdé s'ouvre aux particuliers, à travers une présence en boutiques de cadeaux et de décoration, avec ses produits phares – les cadres – mais aussi des pêles-mêles, des miroirs... L'entreprise ira même jusqu'à vendre ses produits dans les grands magasins parisiens à l'image du Printemps, des Galeries Lafayette et du BHV. Des corners qui finissent par s'essouffler dans des magasins dont les rayons décoration se réduisent au profit du prêt-à-porter, souffrant de la concurrence sans appel du web. «Nous avons uniquement conservé notre activité au BHV du Marais et de Part-Dieu» détaille Cédric Dhalluin, qui a repris la direction de l'entreprise en 2003.

Gamme diversifiée

L'entreprise ouvre son sourcing à l'international, afin d'intégrer des produits, des designs et de matières spécifiques non réalisables dans l'atelier. «10% de la production est faite ici, notamment les petites séries. Nous continuons également de faire de l'encadrement sur-mesure pour nos clients du BHV. Malheureusement, la diversité de clientèle et de produits est trop importante pour fabriquer en France». La fabrication en Asie permet à Emdé de proposer une gamme diversifiée avec des matériaux comme la résine, le verre soufflé ou encore la céramique.

Des crises au rebond

Dans le show room marcquois de 400 m2, on peut toucher du doigt la diversité incroyable des produits proposés par Emdé. Cette adaptation inéluctable n'a pas été sans conséquence sur la vie de l'entreprise : avec la crise financière de 2008, les clients se sont tournés vers des produits plus «fantaisie», à plus faible valeur ajoutée. Emdé est alors contrainte de procéder à trois plans de licenciement – ils sont alors 95 dans l'entreprise. «C'était vraiment difficile car jusque 2003, on était rentables et on se plaçait dans le top 4 des leaders du marché de l'encadrement de décoration. Mais je me suis rendu compte de nos faiblesses en sentant la baisse de la fabrication française». 

Après une restructuration en interne, le redressement judiciaire s'avère «libérateur» et Emdé met une dizaine d'années à retrouver un équilibre dans un marché de la décoration qui a subi différentes crises. «Depuis, nous nous sommes développé en grande surface de bricolage et nous avons développé Internet à travers nos clients. Et nous nous concentrons sur la création de nouvelles collections en interne ou avec des designers extérieurs» s'enthousiasme le fondateur, qui n'échappe à la baisse de la consommation des ménages.

Développer l'export

Pour soutenir la croissance, Emdé se tourne davantage vers l'international – l'Europe a pu représenter jusqu'à 20% du chiffre d'affaires dans les bonnes années – et redémarre avec l'Espagne. Aujourd'hui présente dans 3 000 points de vente, Emdé mise sur l'avenir en développant de nouvelles gammes et de nouveaux pays (Belgique, Suisse...). En 2025, l'entreprise affichait un chiffre d'affaires de 6,6 millions d'euros, en progression d'environ 4%. La preuve qu'avec de la résilience, le rebond est possible : «Quand l'entreprise allait mal, nous l'avons assumé. Aujourd'hui, elle va bien et il faut aussi le fêter. Etre dirigeant, c'est encaisser les chocs, à la hausse comme à la baisse» résume Cédric Dhalluin.

En chiffres

30 salariés

15 000 références

6,6 M€ de CA