Décryptage

Les jeunes, moteurs de l’entrepreneuriat

Près de six Français sur dix âgés de 18 à 29 ans s’inscrivent dans une dynamique entrepreneuriale. Mais, chez cette génération, entreprendre ne signifie plus nécessairement se consacrer durablement à une seule entreprise. Polyactivité, reprise et succession de projets redessinent leur parcours.

© InfiniteFlow - Adobe Stock

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Pour les nouvelles générations, l’entrepreneuriat apparaît moins comme un statut acquis pour la vie que comme un moyen de construire et de recomposer leur trajectoire professionnelle. Créer une entreprise, la développer pendant toute une carrière, puis la transmettre au moment de la retraite ? Ce schéma ne résume pas les pratiques des jeunes entrepreneurs interrogés : selon l’Indice entrepreneurial français 2025 de Bpifrance Le Lab*, près de six Français sur dix âgés de 18 à 29 ans appartiennent à la «chaîne entrepreneuriale». Autrement dit, ils envisagent de créer ou de reprendre une entreprise, portent déjà un projet, dirigent une structure ou l’ont fait par le passé. Cette proportion est deux fois plus élevée que chez les plus de 30 ans. Ce résultat ne signifie pas que six jeunes sur dix sont chefs d’entreprise, mais il montre surtout la place prise par l’entrepreneuriat dans leurs perspectives professionnelles. La moitié considère que travailler à son compte constitue le choix de carrière le plus intéressant, contre un quart de leurs aînés.

Plusieurs activités plutôt qu’une seule entreprise

Pour cette génération, diriger une entreprise n’implique pas toujours de lui consacrer l’intégralité de son activité professionnelle. Seule la moitié des jeunes chefs d’entreprise travaille à temps plein dans sa structure, contre huit sur dix parmi les 30 ans et plus. Une différence liée, selon Bpifrance, à leur expérience encore limitée et à leur goût pour la polyactivité : quatre jeunes dirigeants sur dix possèdent plusieurs entreprises. Les trois quarts ont également un autre projet de création ou de reprise en cours. L’entreprise devient ainsi l’une des composantes d’un parcours professionnel susceptible d’évoluer rapidement.

La reprise occupe d’ailleurs une place importante dans leurs projets : 30% des jeunes dirigeants ont racheté une entreprise ou repris une structure familiale, soit trois fois plus que les 30 ans et plus. Une manière de s’appuyer sur une structure existante pour limiter les risques, selon Bpifrance. Les jeunes ne se distinguent pas seulement par le cumul des activités : ils restent aussi engagés dans l’entrepreneuriat après avoir quitté une entreprise. Neuf jeunes ex-dirigeants sur dix poursuivent une activité entrepreneuriale, vs quatre sur dix chez leurs aînés. Les jeunes dirigeants en activité envisagent également un changement à court terme : cinq sur six pensent déjà à transmettre, céder ou fermer leur entreprise dans les cinq prochaines années.

Une aspiration nourrie par les difficultés professionnelles

L’envie d’entreprendre est enfin alimentée par un rapport contrasté au salariat. Seuls six jeunes sur dix se déclarent satisfaits de leur situation professionnelle et deux sur trois disent être stressés par leur travail. Plus d’un tiers ont vu leur situation évoluer sous l’effet de la conjoncture économique. Pour un jeune sur dix, l’entrepreneuriat représente ainsi une solution pour rebondir. Le passage à l’acte reste néanmoins semé d’obstacles. Les jeunes dirigeants ressentent davantage le poids des responsabilités, le manque de crédibilité et celui de l’investissement financier. Deux jeunes sur trois considèrent leur âge comme une source de discrimination. Plus enclins à solliciter des financements et un accompagnement, ils connaissent toutefois un taux de rejet plus élevé de leurs demandes de financement.

* Enquête réalisée en ligne par l’Ifop pour Bpifrance Le Lab, du 13 au 26 juin 2025, auprès de 4 990 personnes