Décryptage

S'installer en bio : un défi

Alors que le marché du bio reprend des couleurs, comment reprendre une ferme en bio ? Un petit écosystème s'efforce d'accompagner les porteurs de projet en allégeant la lourde charge du financement.

© A.DAUBREE

© A.DAUBREE

Difficile équation. Le 24 février, sur le salon de l'agriculture, une table ronde était consacrée à l’« Agriculture bio : financer et accompagner l'installation pour faciliter les transmissions». En toile de fond, a rappelé Sophie Rigondaud, chargée de mission Futurs bio à la Fnab Fédération nationale d'agriculture biologique, un marché du bio qui reprend des couleurs, après plusieurs années de crise et un secteur composé de 62 000 fermes (soit 15% des exploitations françaises). Mais l'agriculture bio est très loin d'être la seule à faire face à l'enjeu de la transmission des exploitations. De manière générale, « nous avons beaucoup de transmissions qui s'opèrent, mais il n'y a pas toujours de repreneurs à mettre en face. (…) L'accès au financement du projet est un véritable sujet », constate Philippe Tuzelet directeur général de la Safer Nouvelle-Aquitaine. Les Safer, sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural, ont pour mission de veiller à la mobilisation du foncier en faveur de l'activité agricole.

« Le financement du foncier est assez critique », confirme Simon Bestel, directeur des opérations chez Feve, Fermes En ViE, une Esus, entreprise solidaire d’utilité sociale, qui gère une foncière solidaire dédiée à la transmission de fermes en bio. Pour Philippe Tuzelet, le bio présente néanmoins une petite spécificité, par rapport à l'agriculture conventionnelle : les exploitations existantes sont souvent plus petites, et donc, « un peu moins capitalistiques, plus accessibles en termes d'engagement financier ». En ce sens, elles correspondent mieux aux moyens des potentiels repreneurs. A cela s'ajoute aussi une question de valeurs, de projet de vie. C'est à ce titre que « la majorité des repreneurs non issus du milieu agricole choisissent la bio », complète Alan Testard, secrétaire général de Futurs Bio à la Fnab.

3 452 hectares convertis en bio

En 2014, la loi d’Avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt a encadré la transmission des exploitations en bio. « Elle prévoit que les terres converties en bio soient prioritairement maintenues en bio, plutôt que de repartir en conventionnel », rappelle Philippe Tuzelet. Sur le terrain, un petit écosystème s'efforce d'aller plus loin que le cadre juridique. La Safer de Nouvelle-Aquitaine avait devancé la loi de 2014. Elle s'est aussi volontairement donné un objectif chiffré : 10% des transmissions en bio. « Nous y sommes », constate Philippe Tuzelet. Feve collecte de l'épargne citoyenne, -des investisseurs qui acceptent un rendement limité- pour acheter des exploitations qui sont ensuite louées avec option d'achat. Depuis 2021, l'Esus a collecté 58,1 millions d'euros auprès de 3 619 investisseurs, pour accompagner 54 fermes, convertissant 3 452 hectares en bio.

La priorité, en effet, va aux projets de conversion de l'agriculture conventionnelle au bio. Ils impliquent baisses de rendement, une production en conversion durant plusieurs années -et donc moins valorisée-, du matériel à acheter... «L'intervention de Feve permet de réduire ce coût capitalistique d'entrée pour le porteur de projet qui peut se consacrer à cette conversion sans avoir à se préoccuper de remboursements bancaires », explique Simon Bestel. L'un des projets soutenus par l'association a été sélectionné par la Safer de Nouvelle-Aquitaine, pour la reprise d'une exploitation sise sur une zone de captage d'eau, sensible sur le plan environnemental et de la santé publique. Le porteur de projet présentait un profil très satisfaisant, aux yeux de la Safer et de Feve : quadragénaire, précédemment enseignant en lycée agricole, en train de réaliser une conversion professionnelle, mais compétent en matière d'agronomie . « Motiver les jeunes à s'installer est aussi un enjeu important », souligne Simon Bestel.